Ci-dessous l'émouvante histoire du nid - juillet 2006
(âmes sensibles l'abstenir)

En cette belle soirée ensoleillée d'un samedi de juillet, je décide d'aller prendre l'air autour de l'étang du château de Morsang.
L'endroit est calme, animé seulement par quelques foulques, poules d'eau poussant leur petit cri, canards colvert en famille,
deux ou trois cygnes au loin sur l'autre rive…
Au bout de quelques pas, mon regard est happé par une scène toujours émouvante, d'autant qu'elle se déroule là, à quelques mètres seulement de la rive: sur un nid solidement amarré à la branche basse d'un arbre mort, mais qu'on dirait posé sur l'eau,
un grèbe huppé aux couleurs encore nuptiales couve !
Long moment de contemplation…regardez comme on prend soin de ces deux futurs rejetons!
Qu'ils seront beaux, et comme ils assureront bien la perpétuation de l'espèce!
Une mouette, perchée sur la plus haute branche, semble surveiller son monde. Elle hurle à l'approche d'une congénère,
comme pour dire "on ne touche pas, c'est sur mon territoire, je monte la garde", mais laisse sans discuter s'approcher un merle!
Est-elle là pour protéger, ou pour attaquer dès que l'occasion se présentera?
Le temps passe, il faut rentrer! Demain, c'est sûr, et les jours suivants, je reviendrai. Je veux voir la suite de l'histoire,
même si je la connais, bien sûr: les œufs donneront naissance à des poussins, qui apprendront tout de leurs parents,
partiront quand ils seront grands, construiront à leur tour leur nid, et tout recommencera…

Le lendemain, l'appel est irrésistible ! Il faut avant toutes choses aller voir mon amie couveuse.
La voici, elle est là, on dirait qu'elle n'a pas bougé depuis hier. Tiens, un autre grèbe s'approche, venant de la rive opposée;
il s'arrête à quelque distance du nid. Alors la couveuse tourne la tête vers lui, attend encore quelques minutes,
puis se décide lentement à quitter le nid. Elle va rejoindre son compagnon, laissant, l'imprudente, les précieux trésors à l'air libre !

Le couple se reforme, lentement, sur l'eau calme. De petits cris, un bisou sur le bec, on se passe les consignes, et c'est l'échange:
l'autre vient prendre le relai sur le nid…du coup je ne sais plus si mon amie couveuse n'était pas mon ami couveur!
Mais peu importe, j'ai vu cette scène, et c'est un petit moment de bonheur…

Je reviens plus tard dans la soirée, c'est plus fort que moi ! Tout va bien, ils sont là, je vais pouvoir dormir tranquille…
La semaine commence avec un emploi du temps chargé, et ce n'est que le soir que je peux venir rendre visite à mes amis…
et voilà! C'est le drame!
J'en aurai pleuré : le nid noyé, les œufs sans doute au fond de l'eau, la mouette disparue,
et les parents errants comme des âmes en peine au milieu de l'étang!
Mais que s'est il passé ? La mouette devenue folle, un chien venu se baigner trop près, un autre prédateur affamé ?
Mais aussi, quelle imprudence d'avoir construit ce nid si près de la rive…

Je reviens souvent sur les lieux, espérant et craignant à la fois de revoir un nid.
Mais la nature est forte, il y aura d'autres drames et d'autres moments d'intense bonheur…